roman

vendredi 24 mars 2017

Du fait réel à la fiction







Desmond Blur est criminologue. 

Son métier est de s'interroger sur des affaires criminelles, d'aborder l'aspect sociologique d'un crime, d'en explorer les origines et le processus, de comprendre et d'échafauder des théories qui pourraient expliquer ou éclairer des actes violents, parfois reproduits dans des circonstances similaires, et à terme, les prévenir ou les arrêter.


Pour aborder un tel personnage, il est nécessaire d'enrichir la narration de récits authentiques sur lesquels le professeur s'est penché, de le voir en situation (conférence) et de suivre le cheminement de ses pensées. 

Voilà pourquoi j'ai glissé dans le roman plusieurs affaires criminelles ou relevant du surnaturel. C'est en confrontant Desmond à ces histoires particulières que l'on comprend sa façon de raisonner. Elles le crédibilisent tout en révélant certaines vérités sur son passé. 
Ces histoires sont aussi une source d'inspiration et d'interrogation pour moi, à l'image de l'affaire Villisca.



 "Desmond reposa son verre ornementé d’une collerette de givre salé, essuyant ses lèvres du pouce.
— L’affaire de Villisca dans l’Iowa en 1912, ça te dit quelque chose ?
— Pas du tout.
— Histoire passionnante. Je consacre l’un de mes cours à ce sujet.
Warren réclama plus de détails. Dans les yeux de Desmond passa comme un long cortège de défunts.
— Huit victimes. Massacrées à la hache. Josiah et Sarah Moore, leurs deux fils et leurs deux filles. Une famille entière abattue au milieu de la nuit à son domicile. Et aussi deux petites voisines, Lena et Ina Stillinger. Les fillettes étaient restées dormir ce soir-là. Un véritable bain de sang dont les murs et les plafonds des chambres témoignaient de la violence. Un nombre incalculable de coups portés avec la hache, d’abord de la partie plate pour assommer, puis avec la lame pour le plaisir de détruire."


 Une affaire horrible, à l'origine de plusieurs ouvrages. Ce qui est intéressant dans ce fait divers, c'est que les crimes ont été perpétrés à la hache, une arme que Desmond a tenue en main pour attaquer le tueur qui menaçait sa famille (à lire dans le précédent roman Black coffee). Aussi étonnant que cela puisse paraître, nombreux sont les crimes commis à la hache. Sans doute faut-il voir dans cet objet la symbolique de l'arme du bourreau, l'idée d'une sentence qui s'accomplira au-delà du crime. 
Desmond aborde l'affaire Villisca comme un sujet de conférence. Il le maîtrise car il a déjà évoqué cette affaire dans l'un de ses livres. Il va donc donner à Warren Wissen, le documentaliste de Chautauqua Institution, nombres détails concernant l'affaire, mais aussi, lui faire part de son hypothèse concernant le probable coupable.
Car dans cette affaire, à ce jour, le criminel n'a jamais été désigné. 
Ce n'est pourtant pas les suspects qui manquent.


William Mansfeld
Un forgeron, année 1900
Henry Moore
Frank Jones

"— Ce qui rend l’affaire criminelle de Villisca intéressante, c’est qu’elle regorge de suspects. J’en ai répertorié neuf. 
Un par un, Desmond aligna les petits pics en bois sur le comptoir.
— Un clochard. Un vagabond. Frank Jones, l’ex- employeur de Josiah Moore, propriétaire de la banque de la ville et sénateur – un homme influent dont on supputait qu’il ait pu commanditer ces crimes. William Mansfield, cocaïnomane et serial killer dont les meurtres précédents avaient été commis selon le même mode opératoire. Un autre tueur, adepte de la hache et qui sévissait dans le Midwest. Henry Moore, un fou furieux qui curieusement portait le patronyme des victimes. Un forgeron de la ville. Et un prisonnier attendant d’être jugé pour cambriolage qui prétendit dix-huit ans après les faits avoir été payé pour perpétrer le massacre de Villisca, confirmant l’hypothèse que les crimes auraient été commandités.
Sur le bar, Warren compta huit cure-dents.
— Il en manque un.
Le professeur avala quelques gorgées de margarita
avant de lâcher :
— Tu connais le nom du neuvième."


Le hasard - le destin, cela me convient mieux - fait qu'un crime a réellement été commis à l'Athenaeum Hotel de Chautauqua avec une hache et par un homme dont l'âge correspondait à l'un des suspects de l'affaire Villisca. Il n'en fallait pas plus pour faire le lien entre les deux affaires, lien qui n'existe, bien sûr, que dans mon imagination. 

Les enquêteurs de police chargés de l'affaire
Mais en travaillant sur cette affaire, en relisant les différents témoignages et éléments du dossier accessible sur internet, j'ai échafaudé une théorie sur le probable coupable que je vous livre au travers du raisonnement de Desmond. Comme souvent dans les affaires non résolues, les indices, nombreux, ne se recoupent pas et ne mènent nulle part si on se focalise sur l'idée qu'un seul homme est à l'origine de tous ces crimes. Parfois, sous la pression politique, la police préfère privilégier certains indices par rapport à d'autres pour dégager une profil et pouvoir rapidement appréhender un suspect, donner à la population une réponse rassurante (le tueur est arrêté) et faire taire la presse.
Ce fut le cas dans cette affaire. 
Il y eu même plusieurs mises en accusations dont aucune ne tenait la route. 


Révérend Jacklin L. Kelly
"— Révérend Jacklin L. Kelly. Né en 1873, fils d’un
ministre britannique. Un homme maigre, souffreteux, dépressif chronique et qui fréquente très tôt les hôpitaux psychiatriques où sa famille croit le guérir de ses déviances. Marié, il immigre en Amérique à la fin du XIXe siècle avec sa femme pour prêcher dans les églises méthodistes dans quatre États dont l’Iowa. Il effectue plusieurs missions au nord de Villisca où l’on a tôt fait de remarquer son comportement étrange... Les frites sont grandioses ici, glissa-t-il, piochant les dernières dans son assiette.
— Ce type aurait été soupçonné dans cette horrible affaire ? Tu m’intrigues, s’étonna Warren, dévoré de curiosité.
— ... Le matin du 10 juin 1912, quelques heures avant que l’on découvre le drame, un petit homme maigre prend place à bord d’un train. Au cours du trajet, il affirme aux autres passagers que « huit âmes » ont péri dans la nuit par sa main, massacrées durant leur sommeil. Certains passagers rapportent que le voyageur prétend avoir eu une vision et que Dieu lui a ordonné de suivre l’injonction divine, de commettre le geste de tuer.
Warren se contentait à présent de cligner des yeux."


... La théorie que j'expose dans White coffee est renforcée par le profil particulier de celui qui faillit être accusé et qui fut finalement relâché. 
Ce qui, de mon point de vue apparait comme une évidence, pourrait bien être la résolution de cette triste affaire.




L'enterrement des victimes



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